Sujet : Faut-il commencer la lecture par des oeuvres contemporaines ou par des livres classiques ?

Publié le par Ephraïm

 Niveau Lycée

La lecture a, depuis l'antiquité, été le meilleur moyen de transmettre la connaissance et les nouvelles idées. Mais de nos jours, une question se pose ; faut-il comme le pense Voltaire « ne lire que des ouvrages [...] dont la réputation n'est point équivoque » car « on profite bien d'avantage en les lisant qu'avec tous les mauvais petits livres » ou faut-il comme M.Tournier l'affirme « commencer par les contemporains » ? Comment débuter avec ce bien immatériel qu'est la littérature ? Certes, l'initiation à la lecture par des classiques a certains avantages mais commencer par des contemporains en présente d'autres.


D'après Voltaire, il ne faut lire que des ouvrages dits classiques pour pouvoir apprécier la lecture. Voltaire, grande figure de la littérature française, c'est vu créditer au fils des années une qualité de référence, grâce à ces nombreux ouvrages reconnus par tous. Aujourd'hui, ses oeuvres sont étudiées durant toute la scolarité et servent de base pour des travaux de réflexion. Sa déclaration a donc un aspect de vérité générale qui lui donne plus de valeur.

Tout d'abord, comme l'écrit P.Clarac, « Chacun de nous, qu'il le veuille ou non, est l'héritier de ses devanciers et les porte en lui », c'est à dire que nous ne pouvons réaliser quelques productions sans nous inspirer de nos célèbres prédécesseurs. En effet, que se soit par le style, par le thème ou par d'autres procédés, notre inconscient nous conduit à imiter, dans une certaine mesure, ce que nous considérons comme référence. Les auteurs contemporains, au moins la majorité d'entre eux, ne font rien d'originale mais se contentent, malgré eux, d'imiter la littérature classique. Péguy, Gide, Proust, Valéry, Giraudoux, Camus en sont des exemples des plus connus. L'écriture n'est-elle donc pas, une sans cesse remise à jour des classiques ?

Ensuite, ces romans et nouvelles, qui naissent par milliers chaque année, doivent souvent leur succès à un effet de mode. Des thèmes liés à l'actualité, amènent sur le devant de la scène des romans ordinaires, qui, sans cette publicité, seraient restés dans l'anonymat. Le livre de Morgan Robertson, Le Naufrage du Titan , retraçant le naufrage d'un paquebot dit insubmersible, est devenu célèbre après le naufrage du Titanic. La fiction télescopant la réalité, ce livre remporta un grand succès et son auteur devint célèbre. Les romans contemporains peuvent donc valoir leur succès à un effet de mode et non au talent de l'écrivain, ce qui n'apportera rien au novice à la découverte de la littérature.

Enfin, dans notre système éducatif actuel, l'image et le son dominent. Il serait bien hâtif, alors que nous entrons dans l'ère de l'informatique, de penser que la littérature n'a plus sa place. Il faut alors tout mettre en oeuvre pour favoriser la lecture auprès des enfants. La meilleure manière de découvrir la lecture est de proposer des ouvrages éprouvés. Nous avons plus chance de faire apprécier les livres aux travers d'oeuvres ayant déjà fait le bonheur de milliers de liseurs et de liseuses que par les petits romans qui nous inondent. En effet, les livres classiques transmettent un message, ou traite d'un thème universel et intemporel. Par exemple, La Peau de Chagrin nous apprend qu'il ne faut pas toujours vouloir plus mais se contenter de ce que l'on a. Robinson Crusoé nous permet de rêver à toutes époques d'une autosuffisance dans un lieu paradisiaque. Les classiques possèdent en plus de l'histoire une teinte de vérité indémodable. Dans d'autres livres étiquetés comme classiques c'est le style qui séduit. La Bête Humaine dépeint une époque avec précision et minutie. Il chante, peint, sculpte, construit avec des mots la réalité d'une période. En outre, les classiques dépassent la lecture et deviennent à part entière une page de notre culture.


Contrairement à Voltaire, certains auteurs plus modernes, affirment que le départ dans la grande aventure , doit se faire par la lecture de contemporains pour plus tard s'intéresser aux classiques. Michel Tournier, auteur de nombreux livre comme Le Vent Paraclet, est le porte parole de ces opposants à Voltaire.

Premièrement, l'apprentissage de la lecture se fait dans la petite enfance. Un enfant de six ou sept ans n'a pas assez vécu pour avoir acquit le vocabulaire nécessaire à la compréhension des ouvrages classiques. En effet, la plupart des livres classiques utilisent un vocabulaire qui relève du vieux français, ce qui équivaux de nos jours à un niveau de langage très soutenu. L'enfant peut donc être très facilement dégoûté, écoeuré par ces livres dont il ne comprend pas le sens. En lisant des ouvrages contemporains, le débutant pourra mieux percer les secrets du vocabulaire et ainsi prendre goût à quelque chose qu'il comprend. Il est beaucoup plus difficile d'apprécier Corneille dans nos premières années que Daniel Pennac. La lecture d'oeuvres modernes permet une meilleure compréhension qui entraînera un attrait supplémentaire aux plaisirs des livres.

Deuxièmement, Michel Tournier, dans un extrait de Le Vent Paraclet, nous raconte son apprentissage de la littérature avec un professeur qui favorisait les livres modernes aux classiques. Il a apprit de cette expérience que « plus un auteur est proche de l'enfant dans le temps, plus il a de chances de l'intéresser et de l'enrichir ». Cette phrase signifie qu'un enfant pourra beaucoup plus s'identifier à un personnage dans un ouvrage qui lui est contemporain que dans un livre d'une époque qui n'a plus rien à voir avec le temps actuel. Nous nous identifierons plus facilement à Harry Potter qu'à Alice au Pays des Merveilles. L'enfant est plus intéressé par un livre où il se reconnaît, où il s'imagine pouvoir être le héros que par une lecture ancienne où le mode de vie et les références sont d'un autre temps.

D'autre part, nous pouvons établir un parallèle entre la musique techno qui reprend des titres datant des années 1950 pour les remettre à l'ordre du jour, et les romans modernes qui replacent les classiques au goût d'aujourd'hui. En effet, sans les livres modernes qui actualisent des thèmes qui ont fait le succès de livres anciens, beaucoup de personnes ne pourraient pas avoir accès à cette thématique. Les enfants, en débutant par des oeuvres contemporaines, découvrent déjà des sujets classiques. Ils pourront, plus tard, s'attaquer aux livres considérés comme référence pour profiter de l'écriture. Isaac Asimov, par ses livres, replace Jules Vernes à notre époque. En outre, les contemporains gardent le fond mais changent la forme ; nous pouvons commencer par des livres modernes car ils sortent du même chaudron que les classiques.

Enfin, c'est par la comparaison que l'esprit critique se forme. En effet, quand un enfant va lire des livres modernes, et plus tard des oeuvres classiques, il pourra les confronter et donner sa préférence. Cette opposition permet à l'enfant de différencier le bon du mauvais. C'est alors que se développera son esprit critique. Nous pouvons penser à la série Chair de Poule qui plait tant à nos chérubins et la comparer aux livres d'Agatha Christies, qui savent mieux que tous autres maintenir le lecteur en haleine. Le lecteur qui aura prit goût aux intrigues policières dans la série Chair de Poule saura apprécier l'écriture, reconnue par tous de l'auteur des Dix Petits Nègres. En conclusion, la comparaison de livre moderne lus dans notre enfance avec des ouvrages classiques qui arriveront plus tard, développe l'esprit critique.


Ainsi, débuter la lecture par des oeuvres classiques ou par des livres contemporains présentent de réels avantages. Bien que la thèse de Voltaire ait de bons arguments, celle de Michel Tournier en possèdent de meilleurs. En définitive, le commencement de la lecture par des classiques est trop ardu, il faut donc favoriser les contemporains aux yeux des enfants. Mais au delà du problème du choix du livre moderne ou classique, quel avenir réservons-nous, à la littérature dans notre monde de l' hypertexte, de l'image dominante et du livre électronique ?

Publié dans Dissertations

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